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Régler la question du style et se concentrer sur l’essentiel

«Le style est réussi quand on se sent bien dans ses vêtements, mais surtout quand il nous ressemble et nous donne de l’énergie. »
MARIE-LAURE COLONNA, PSYCHANALYSTE
La perte d’énergie liée aux petits choix.
Régler la question du style et se concentrer sur l’essentiel, c’est ce qui explique aussi le succès de la récence tendance à réduire son dressing au principal, aux seules pièces qui constituent le style personnel.

Parfois, les deux sont aussi vides l’un que l’autre. C’est la stratégie du « no look ». «Ce sont souvent des femmes qui refusent de se voir mûrir et conservent ce style androgyne que l’on développe parfois I ‘adolescence, explique la psychothérapeute Catherine Bronnimann(l). L’inverse, porter une attention démesurée à ses vêtements, pourra aussi être le signe d’une fragilité. » Comme cette jeune femme en complexe d’infériorité sociale tentant de se rassurer et de se labéliser grands coups de créateurs et de it-bags.
Pour la psychanalyste Marie Laure Colonna(2) « Dans les deux cas, elles n’ont pas encore acquis leur personnalité propre. Certaines vont utiliser les codes de la mode, avoir un look mais sans singularité, alors que le style, c’est précisément l’accord entre la personnalité que l’on a développée et ses vêtements. » Les deux psys s’accordent pour dire que plus on trouve son équilibre, plus on trouve son style. Souvent, I ‘habillement de leurs patients évolue au cours de la thérapie. Plus de couleurs, de prise de risque, de personnalisation. « C’est réussi quand on se sent bien dedans, mais surtout quand on nous dit que cela nous ressemble, qu’on le pense aussi et que cela nous donne de l’énergie », souligne Marie-Laure Colonna.
Cette énergie, c’est une forme de confiance qui permet de center. « Comme quand je portais cette robe plissée assez courte de couleur jaune qui, avec mes cheveux très blonds, me donnait l’air d’un poussin », s’amuse Johanna(3) 31 ans, chanteuse, dont le look emprunte Rita Hayworth ou Lauren Bacall, découvertes dans de vieux films diffusés à I ‘heure du déjeuner, alors qu’elle était enfant. C’est aussi cette assurance qui fait accepter certains petits défis de la vie et les transforme en style personnel, comme les cheveux gris de Nathalie ou la myopie de Woody Allen. Parfois, oser et le montrer constituent le style, comme dans le cas de l’excentricité.
«Le style est réussi quand on se sent bien dans ses vêtements, mais surtout quand il nous ressemble et nous donne de l’énergie. »
MARIE-LAURE COLONNA, PSYCHANALYSTE
« Assise dans le bus, une petite fille a tiré sur mes cheveux pour vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une perruque et on me demande régulièrement si je suis enceinte cant mes salopettes sont XXL raconte Marie, 25 ans, créatrice d’accessoires(4) cheveux roses ou rasés, jean loose ou robe girly, chapeau vissé ou gros noeud noué. « C’est tout simplement le reflet de ma personnalité, délurée mais maîtrisée. » Pour Catherine Bronmmann, I’ extravagance montre « que l’on est bien dans ses baskets et qu’on se moque du regard de l’autre». Mais d’ajouter :
« A moins que cela ne révèle le besoin d’attirer l’attention lorsqu’on n’est pas content de sa propre image et qu’il y a une faille narcissique. » De la même façon, un style ultra-sexy pourra acre autant un signe d’épanouissement que celui d’un manque d’assurance.
C’est souvent dans la prime enfance qu’il faut chercher cette faille. Pour Donald Winnicott, théoricien de la psychanalyse infantile, c’est dans le regard de la mère, premier miroir du nourrisson, que l’être commence à prendre conscience de lui. S’il est défaillant, ce regard peut créer des fêlures et nous pousser éviter ou rechercher toute notre vie celui, effrayant ou rassurant, d’autrui. «Quand ils ha- billent leurs enfants, les parents investissent, projettent », ajoute Catherine Bronnimann. C’est ainsi tout un système de valeurs et de codes qui est transmis I’ enfant. « Intégré dans l’enfance, ce système sera ensuite rejeté à l’adolescence, bien sûr, mais aussi plus tardivement si l’on peine à acquérir son identité propre explique Marie-Laure Colonna.
« Une de mes patientes ne pouvait plus enfiler de polos tant sa mère lui avait fait porter tout ce qui faisait bourgeois, raconte Catherine Bronnimann.
Equilibré, on peut aussi réagir de façon intégrative et se retrouver dans l’éducation et les codes reçus. On joue alors avec pour créer son propre style. » L’allure en héritage, comme chez les Gainsbourg (Jane Birkin et Charlotte), les Cohen (Leonard et son père tailleur) ou les Grimaldi (Grace, Caroline et Charlotte). «J’aime ce total look uni et son côté classique», explique Chantal, 62 ans, architecte, qui, pantalon de tailleur ou jean, ne s’habille qu’en bleu marine, ou presque. « Quand j’étais petite, la soeur de mon père m’avait fait remarquer que ma grand-tante, toujours vêtue de noir, était bien plus élégante que ce groupe de vieilles femmes aux vêtements très bigarrés qui se trouvait sous nos yeux.
Je pense que ça m’est resté comme une définition du raffinement. » Devenu signature, le style de Chantal est apparu après la naissance de ses quatre enfants. « Les grands moments de l’existence — maternité, rupture ou deuil — sont souvent des détonateurs de personnalité et de changements de style », explique Catherine Bronnimann.
« Il y avait aussi un côté pratique, y compris pour mon travail, toujours entre rendez-vous et chantier, reconnait Chantal. Aujourd’hui, le total look marine me permet même de camoufler quelques rondeurs. » Issu de notre créativité, le style vient aussi d’une bonne dose d’honnêteté envers soi, celle qui fait accepter ce qui Sied à notre personnalité tout autant qu’à notre morphologie, surtout quand le corps change. «Je n’exclus pas, le jour où mes cheveux seront tout blancs, d’opter pour des tons plus clairs», confie Chantal. Loin de s’arrêter, le style personnel évolue et parfois explose avec l’âge et la confiance. Il n’y a qu’à regarder Advanced Style, le compte Instagram du photographe Ari Seth Cohen.
Des grands-mères à l’ incroyable allure qui inspirent plus de 134 000 jeunes abonnés(5). Comme si la boucle était bouclée.
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  • Marie-Laure Colonna
  • Ari Seth Cohen
  • Jane Birkin

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