Sac à bandoulière avec Cordon de serrage

L’art du voyage

LOUIS VUITTON
L’art du voyage
Ses malles ont fait le tour du monde. A l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée, retour sur l’artisan des modèles d’élégance aussi prisés des personnalités que des artistes et des créateurs.
PAR ANNE-LAURE GRIVEAU
Le Ritz, 1956. Alors qu’il déjeune avec un ami, Ernest Hemingway est interrompu par Charles Ritz, le fils de César Ritz, fondateur du célèbre hôtel, venu lui signaler que deux de ses malles Vuitton se trouvent dans les sous-sols de l’hôtel depuis 1929. L’écrivain, qui demande aussitôt qu’on les lui remonte, y retrouve de vieux cahiers, parmi lesquels le manuscrit de « Paris est une fête Certainement romancée par les publicistes du palace parisien, I ‘histoire résume l’adoration d’Hemingway pour les malles Vuitton. Correspondant étranger installé Paris au milieu des années 20, il demande notamment au malletier de transformer l’une de ses malles-bibliothèques (les pièces de la maison transportaient déjà tous types d’objets) afin d’y loger, non seule- ment des livres, mais aussi une machine écrire. Livrée en 1927, «The Library Trunk» ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire du bagage personnalisé. Comme « Papa », de nombreux élégants — acteurs, membres du gotha, artistes ou mondains commandent Vuitton une « malle spéciale Parmi eux, Greta Garbo et sa malle chaussures, Lauren Bacall et son set de « porte-habits », les peintres Matisse et Picabia ou encore Sacha Guitry et ses « wardrobes » (malles-cabines verticales dans lesquelles suspendre sa garde-robe). Célébrités et bagages personnalisés, chez Vuitton, I ‘histoire dure depuis 1869, quand Ismail Pacha, le régent d’Egypte de passage à Paris, demande à Louis (emballeur favori des toilettes à crinoline de I’ Impératrice Eugénie et inventeur de cette malle plate et empilable si pratique) de créer un bagage permettant de transporter des fruits sous le soleil. Cela donne une « malle clayettes » mêlant ingéniosité et élégance.
Dès lors, jouer avec les matériaux, les formes et les combinaisons intérieures, jamais Vuitton ne cessera d’inventer pour satisfaire les besoins de ses célèbres clients. Surtout lorsque ces derniers sont eux-mêmes créateurs…
Le monde de la mode est ainsi particulièrement friand de ces commandes spéciales. Grand designer du début du XXe siècle, Paul Poiret est un fidèle client du malletier. Il fait fabriquer des malles pour les créations de sa maison de couture comme pour son usage personnel. Pour les reconnaître au premier coup d’oeil, il demande ce qu’on y appose un rébus : un pois et des raies, pour Il y a aussi Jeanne Lanvin et son nécessaire de toilette gravé, Christian Dior et son porte- habits ou encore Yves Saint Laurent et ses « boites- livres ».
Du début du siècle aux années 60, on peut donc voir les insignes d’autres créateurs orner la célèbre toile Monogram.
Depuis 1997, Louis Vuitton est aussi une maison de mode et, de nos jours, parmi les quatre cent cinquante bagages spéciaux encore créés chaque année, on note la réalisation d’une boîte à quarante iPods (et tous leurs accessoires) pour Karl Lagerfeld, ainsi que des malles pour les ustensiles du coiffeur John Nollet et du tatoueur star Scott Campbell.
L’heure est aux collaborations et plusieurs créateurs et artistes (Christian Louboutin, Rei Kawakubo, Cindy Sherman…) ont été invités à revisiter les icônes Vuitton. C’est d’ailleurs l’occasion d’une opération spéciale, la vente aux enchères des 150 ans de La Croix-Rouge, que fut créée la « malle niche » d’Alfred et Daisy, les bullterriers de Marc Jacobs, alors directeur artistique des collections mode. Un compartiment y aurait été imaginé pour y déposer un vêtement et une photo de leur propriétaire afin de rassurer les animaux dans les soutes des avions. Et ces commandes spéciales changent parfois le cours de la mode, comme lorsque qu’Audrey Hepburn demanda à ce qu’on réduise pour elle la taille de l’« Express » (sac à main de voyage créé en 1930) et inventa le célèbre « Speedy 25 ». Ironie du sac, c’est en s’inspirant de ce dernier lors d’une visite pour une commande personnelle aux ateliers d’Asnières — où sont créés les bagages spéciaux sous la direction de Patrick-Louis Vuitton — que Sofia Coppola eut l’envie de dessiner une ligne de sacs pour la maison. Et lança, avec le succès que l’on connait, le « S.C. » (*)
Valez, Voguez, Voyagez jusqu’au 21 février, au Grand Palais, Paris 8, www.grandpalais.fr
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